C’est à Altiani, sur les hauteurs du Ponte di a Ghjunta, que Bruno Tomasi a posé ses valises après des années d’aventures à travers le monde. Formé à Corte, il a embarqué à l’âge de vingt ans sur La Boudeuse, le célèbre voilier de Patrice Franceschi, dans le cadre du Programme Jeunesse. Une expérience marquante. « La campagne d’exploration était tournée à ce moment-là sur les Philippines avant de poursuivre à Bornéo en spéléologie. Cela m’a permis de découvrir des pays et des gens formidables avec cette envie de découvrir d’autres cultures et d’autres pays », se souvient-il.
À bord de la jonque chinoise, il côtoie des spécialistes en anthropologie, botanique, spéléologie, ethnologie. Après le naufrage du navire, l’aventure se poursuit sur Le Vida, un voilier centenaire rebaptisé La Boudeuse. « Cette fois nous sommes partis pour un tour du monde tourné davantage sur l’ethnologie, la découverte des peuples et de leur culture », raconte Bruno Tomasi. À l’issue de cette mission, il s’installe en Nouvelle-Calédonie, où il rencontre sa compagne Julie. Mais l’appel de la terre corse finit par le ramener dans le Boziu.
« J’avais envie de revenir, de travailler la terre pour être plus en accord avec moi-même et avec les valeurs que je défendais, et que je transmets aussi à mes enfants et aux gens autour de moi », explique-t-il. C’est ainsi que naissent Les Terrasses de Lutriani, sur un terrain familial longtemps abandonné, recouvert par le maquis. Il faut tout remettre en culture. Aujourd’hui, le couple exploite 4 hectares en arboriculture et près de 2 hectares en maraîchage. « Le reste, c’est du maquis, de la forêt, car la nature a aussi et surtout besoin de forêt pour respirer et se développer. Nous avons remis en culture certaines parcelles qui avaient été abandonnées durant près d’un siècle, après avoir produit de la vigne et des céréales ».
Sur plus de 1 000 m² de serres, la ferme produit toute l’année plus de 80 variétés de fruits, légumes et plantes aromatiques. Le couple privilégie la vente directe aux particuliers, selon le principe du « de la fourche à la fourchette ». « L’idée est d’éviter le circuit de la grande distribution pour garantir aux consommateurs la fraîcheur et la qualité des produits. Nous ne stockons rien : les légumes sont récoltés au moment de la commande, passée en ligne sur notre site », précise Bruno Tomasi. La transformation occupe aussi une part de leur activité, avec des produits comme les confitures de figues, fraises ou melons, ou encore du vinaigre de figue.
Julie, son épouse, prend en charge la partie commerciale, la préparation des paniers, les transformations et l’administratif. « Jusqu’au mois de juin, elle se consacre à la préparation de tous nos plants. Nous produisons nous-mêmes nos semences à partir de nos graines. Nous ne faisons pas appel aux pépiniéristes ». Ces plants sont également vendus, notamment lors du marché de printemps organisé deux jours durant au U de la gare de Corte.
L’été, l’exploitation accueille aussi des scouts, une autre facette du projet, tournée vers la transmission. « Notre but, lorsque nous recevons les gamins, c’est d’arriver à en toucher au moins un. De plus en plus, les gosses se rendent compte que, même si ce n’est pas un métier facile, on est heureux, on a envie, et on se bat pour leur construire un meilleur avenir », confie Bruno Tomasi, fidèle à son engagement pour la planète.