Lors de son intervention, le garde des Sceaux a annoncé que les condamnés corses ne figureront plus dans le Fichier judiciaire national automatisé des auteurs d’infractions terroristes (FIJAIT). Le ministre a inscrit cette décision dans la continuité du dialogue engagé avec la Corse à travers le processus de Beauvau . "Il faut continuer d’établir notre lien de confiance", a-t-il affirmé, ajoutant que cette mesure avait été initiée dès son arrivée au ministère de la Justice: "Dans le cadre de ce processus, j'ai engagé, à la demande du Président de la République, dès mon premier jour à mon arrivée au ministère de la Justice, voilà sept semaines, des travaux qui permettent de mettre fin au fichier judiciaire du terrorisme, appelé FIJAIT, né au lendemain des attaques islamistes du Bataclan."
Le ministre a également souligné que cette décision répondait à une revendication exprimée par les responsables politiques insulaires : "C'était une revendication que les condamnés corses ne fassent plus partie de ce fichier. Afin qu'aucun amalgame avec les terroristes islamistes qui frappent tout notre pays ne soit désormais au rendez-vous.", a-t-il affirmé, précisant que cette demande avait été portée dès le début par Gilles Simeoni et Paul-Felix Benedetti.
Le FIJAIT, mis en place après les attentats de 2015, visait à surveiller les individus condamnés pour terrorisme. Son application aux militants corses condamnés a toujours suscité de nombreuses critiques.
« Nous lui avons rappelé tous les échanges que nous avons eu depuis quatre ans pour les clauses annexes aux discussions générales, à savoir la solution politique et le traitement des prisonniers et des anciens prisonniers, des condamnations financières, du fichage Fijait, de l’interdiction de pouvoir aller à la chasse, parce qu’il y a aussi en corollaire l’interdiction de posséder des fusils de chasse. Je lui ai aussi rappelé que je l’avais rencontré avec le Président de la République il y a deux ans et que nous avait été annoncé que le traitement politique du Fijait serait solutionné et qu’il n’en était rien », dévoile Paul-Félix Benedetti en ajoutant : « Dans le cadre du respect de la parole donnée et de la compréhension du fait politique et de chercher à amener le projet d’autonomie sur une voie apaisée, il a donc intégré cette annonce dans son discours. On verra maintenant sous quelle forme la fin de cette inscription des prisonniers corses au Fijait est retranscrite. Il faudra quand même que des textes de loi soient modifiés, surement par ordonnance ».
De son côté, Emmanuelle Dominici, la présidente de l'associe Aiutu Patriotticu insiste sur le « grand soulagement » que représente cette annonce de la fin de l’inscription des prisonniers corses au Fijait. « C’est le résultat du combat de ceux qui avaient fait le choix de ne pas demander leur radiation individuelle au Fijait, mais de demander un traitement politique qui bénéficie à tous, y compris aux Basques. C’était une promesse qui nous avait été faite depuis plus de deux ans, les yeux dans les yeux, qu’on ne voyait pas arriver. Cette fois nous avons enfin une concrétisation avec un engagement réel et public sur ce sujet. C’est donc une grande joie et une grande satisfaction pour nous, avec la prudence qui s’impose compte tenu du fait qu’il y a quand même une partie qui va devoir passer devant le Parlement français », souligne-t-elle.
Par ailleurs, elle indique que le cas personnel de Stéphane Ori a également été évoqué avec le ministre. « Il est détenu sur Paris depuis un an pour une affaire de détention d’armes, qui, or du contexte d’association de malfaiteurs qu’on utilise comme fourre-tout systématiquement, pourrait très bien être libéré ou au moins rapproché », rappelle-t-elle en notant que Gérald Darmanin a « fait preuve d'une écoute attentive sur la question ».