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Déserts médicaux : les professionnels corses vent debout contre la proposition de loi Garot


VL le Lundi 31 Mars 2025 à 16:31

La proposition de loi Garot sur l’installation des médecins ne passe pas en Corse. À travers un communiqué collectif, les représentants de la profession dénoncent une mesure inadaptée aux réalités locales et redoutent un effet inverse à celui recherché : accentuer les déserts médicaux.



Photo d'illustration Pexels.
Photo d'illustration Pexels.

L’opposition est ferme, argumentée, et désormais collective. Neuf organisations représentatives des médecins corses rejettent la proposition de loi Garot, bientôt en discussion à l’Assemblée nationale et soutenue par plus de 250 députés. Ce texte, qui vise à réguler l’installation des jeunes médecins libéraux pour lutter contre les déserts médicaux, suscite “inquiétudes et incompréhensions”, selon les signataires.

Les signataires saluent la suppression, le 25 mars en commission des affaires sociales, de l’article 1 du projet de loi, qui introduisait une forme de coercition. Mais ils préviennent qu’ils « restent mobilisés à l’approche de l’examen du texte à l’Assemblée nationale dans les prochains jours ».

Le cœur de la critique porte sur l’article introduisant un dispositif de régulation territoriale. Celui-ci prévoit de conditionner l’installation des médecins libéraux dans les zones dites “surdotées”, sur décision des Agences Régionales de Santé (ARS). Dans les zones sous-dotées, l’installation resterait libre. “Cela signifie qu’aucun médecin supplémentaire ne pourra s’installer dans ces territoires, même si la demande de soins augmente, même si de nouveaux habitants s’y installent, et même si cela répond à une logique locale”, précise le communiqué.
Les signataires dénoncent une approche qu’ils jugent déconnectée du terrain. Selon eux, la loi repose sur une vision faussement équilibrée : “Cette loi considère donc à tort qu’il existe des territoires surdotés et donne l’illusion que toute installation régulée dans certains territoires se porterait vers d’autres.”

“Cela inquiétera nos futurs confrères”
Les médecins signataires estiment qu’un tel dispositif aurait un effet dissuasif sur les jeunes praticiens. “En période de pénurie médicale, il n’a pas été montré que des mesures coercitives peuvent favoriser l’installation de nos jeunes confrères.”  Ils redoutent meme une dynamique inverse : “Cela inquiétera nos futurs confrères qui risquent d’être de plus en plus nombreux à choisir un modèle d’exercice salarié pour éviter ces contraintes.” Et de conclure : “Cela conduirait à la disparition de l’essence même du médecin de famille, tel que nous l’avons connu et dont nous avons tant besoin.”

Les signataires rappellent que la situation sanitaire en Corse présente des spécificités fortes. Ils évoquent une « démographie médicale vieillissante, augmentation et vieillissement accéléré de la population, part croissante des pathologies chroniques, ruralité, précarité, retards structurels (CHU, TEP Scan) et saisonnalité ». Des contraintes qu’ils jugent particulières, et qui s’ajoutent à la fragilité d’un système déjà sous tension. « Il est contre-productif d’ajouter à cela des mesures coercitives qui aggraveraient l’accès aux soins. »
 

Concernant l’obligation de permanence de soins, les auteurs du communiqué observent « une augmentation croissante de la participation des médecins libéraux », malgré le déclin de la démographie médicale. Ils rappellent également que « les médecins insulaires sont largement mobilisés dans l’organisation des soins non programmés » via les maisons de santé, les pôles ou les regroupements en cabinets. Ils affirment leur volonté de continuer à œuvrer dans ce sens.

Enfin, ils appellent à « valoriser les maîtres de stage universitaires et docteurs juniors » et à « développer des expériences professionnelles pour favoriser les installations ». Ils soulignent également qu’ils attendent encore la publication des textes réglementaires nécessaires à la mise en place de la quatrième année de médecine générale, prévue par la loi de financement de la Sécurité sociale du 23 décembre 2022. Ils réclament que cette réforme soit accompagnée de toutes les garanties nécessaires pour les étudiants « en termes de formation et de sécurisation ».


Les signataires du communiqué :

  • Dr Michel Mozziconacci, président du Conseil régional de l’Ordre des médecins de Corse

  • Dr Jean Canarelli, président du Conseil départemental de l’Ordre des médecins de Corse-du-Sud

  • Dr Bruno Manzi, président du Conseil départemental de l’Ordre des médecins de Haute-Corse

  • Dr Laurent Carlini, représentant du syndicat CSMF en Corse

  • Dr Jean-Marc Cucchi, représentant du syndicat Avenir Spé – Le Bloc

  • Dr Thierry Dahan, représentant du syndicat MG France en Corse

  • Dr Frédéric Leccia, représentant du syndicat FMF de Corse

  • Dr Antoine Grisoni, président de l’URPS Médecins libéraux de Corse

  • Alexandre Mounier, vice-président du Tutorat Asclépios, association des étudiants en santé