Un recteur sur le terrain, au plus près des classes et des équipes pédagogiques. Depuis sa prise de fonctions, Rémi-François Paolini revendique cette méthode de travail. En Balagne, où il s’est rendu ce vendredi 29 mars, le représentant de l’Éducation nationale a rappelé son ambition : faire de la langue corse un pilier de l’académie. « Depuis mon arrivée, j’ai effectué environ 80 déplacements dans les micro-régions de l’île », explique-t-il. « J’étais venu en Balagne à la rentrée, pour le secondaire. J’ai souhaité cette fois aller à la rencontre du premier degré. Être au contact des écoles, c’est essentiel. La Balagne est une micro-région pionnière dans l’apprentissage de la langue. Je voulais rendre hommage à cet engagement précoce. »
La langue corse est aujourd’hui intégrée dans les priorités du rectorat. « Elle fait partie de notre socle académique »,affirme Rémi-François Paolini. « Le projet est encore en construction, mais nous avons déjà arrêté un certain nombre d’axes, dont le tout premier est la reconnaissance de la langue corse comme un savoir fondamental. »
Une dynamique enclenchée
Les chiffres traduisent une dynamique bien engagée : 77 % des écoles corses sont désormais bilingues, et 53 % des élèves du premier degré sont inscrits dans ces filières. Mais pour le recteur, il s’agit désormais d’aller plus loin. « Nous devons progresser, quantitativement et qualitativement », affirme-t-il. L’an prochain, une trentaine de nouvelles classes bilingues devraient ouvrir sur l’ensemble du territoire académique. Parmi elles, une classe immersive à l’école de Belgodère, en partenariat avec les équipes pédagogiques et la municipalité. « Aujourd’hui, nous disposons de trois niveaux d’enseignement de la langue corse », détaille Rémi-François Paolini. « Le premier palier, standard, consiste à proposer trois heures de corse par semaine, dans toutes les écoles. C’est une initiation utile, mais souvent trop passive. » Le second palier est celui du bilinguisme : 12 heures en corse, 12 heures en français chaque semaine. « Cela permet d’utiliser la langue comme support des apprentissages », poursuit-il. Le troisième palier, que l’académie commence désormais à explorer, est celui de l’enseignement immersif. Un dispositif qui représente selon le recteur, « un approfondissement de l’apprentissage bilingue. L’idée est de poser, notamment en début de cycle, un socle très fort de maîtrise de la langue, afin que les élèves ne soient pas seulement dans une compréhension passive, mais dans un usage actif : qu’ils s’expriment, qu’ils interagissent en corse. »
Cette méthode d’apprentissage est déjà expérimentée par l’Éducation nationale, qui « a été la première à initier cette démarche immersive », insiste Rémi-François Paolini. « L’objectif est véritablement de construire une maîtrise complète des deux langues tout au long du primaire. » Pour atteindre cette ambition, le recteur précise que « la nouveauté, c’est le partenariat étroit avec les mairies. Nous travaillons avec les municipalités pour assurer une continuité linguistique durant toute la journée, au-delà du temps scolaire. Ainsi, l’usage de la langue corse pourra s’étendre à la cantine ou aux activités périscolaires, pour entraîner les élèves à comprendre, parler et échanger naturellement en corse tout au long de leur quotidien. »
Ce travail engagé avec les communes pour le premier degré s’accompagne d’une collaboration avec la Collectivité de Corse pour le secondaire. Une étape symbolique est franchie cette année : « Pour la première fois, les élèves de 3e pourront passer toutes leurs épreuves en langue corse », annonce Rémi-François Paolini. Au-delà de la dimension identitaire et culturelle, le recteur défend une vision plus large de l’enseignement de la langue corse. « Elle est un outil d’apprentissage, un facteur d’agilité et de plasticité cognitive qui prépare aussi très bien à l’acquisition des autres langues et des autres matières », explique-t-il. « Les filières bilingues et immersives sont des filières d’excellence. Elles sont pleinement intégrées dans le système académique de l’Éducation nationale. »
Un projet ambitieux, que le rectorat entend développer avec les enseignants, les collectivités et les parents, dans une logique de construction collective.