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« Une précarité croissante chez les retraités corses », alerte l’intersyndicale de Corse-du-Sud


Patrice Paquier Lorenzi le Mercredi 26 Mars 2025 à 14:53

Réunis en conférence de presse ce mercredi matin, les syndicats de retraités de Corse-du-Sud ont dénoncé une précarité grandissante chez les personnes âgées, aggravée selon eux par les choix du gouvernement. Ils réclament une politique spécifique pour les retraités insulaires, alors que plus de la moitié vivent sous le seuil de pauvreté, soit plus de 35 000 personnes concernées.



L'intersyndicale de Corse du Sud a tenu une conférence de presse pour s'inquiéter de la précarité des retraités en Corse.
L'intersyndicale de Corse du Sud a tenu une conférence de presse pour s'inquiéter de la précarité des retraités en Corse.

Lancées dans le cadre de la campagne sur « la reconquête de la sécurité sociale », de nombreuses mobilisations de retraités ont eu lieu le 20 mars sur l’ensemble du territoire national. Parmi les revendications principales figuraient « la revalorisation des pensions et le droit à la santé ». À ce titre, l’intersyndicale CGT, FO, UNCA, ANR, FSU et CFE-CGC organisait ce mercredi 27 mars une conférence de presse à Ajaccio, pour dénoncer les difficultés croissantes rencontrées par les retraités en Corse, particulièrement inquiets des récentes déclarations gouvernementales sur les efforts budgétaires à venir, notamment dans le cadre du réarmement européen, consécutif au conflit en Ukraine. « Prendre prétexte de la guerre pour remettre en cause les acquis sociaux nous inquiète et nous semble grave », a déclaré Alexandre Gonzalez, porte-parole de l’intersyndicale. Celui-ci a rappelé plusieurs chiffres en introduction : « La sécurité sociale représente 672 milliards d’euros de recettes issues des cotisations sociales. Nous ne sommes absolument pas d’accord quand on nous dit qu’il n’y a pas d’argent dans les caisses. Dans le même temps, les grandes entreprises bénéficient d’exonérations de charges à hauteur de 75 milliards d’euros par an. S’il manque un ou deux milliards pour les retraites ou la sécurité sociale, il faudrait peut-être aller taper dedans en premier. D’autre part, les entreprises du CAC 40 ont versé 100 milliards d’euros de dividendes l’année dernière, c’est énorme. Prendre prétexte de la guerre pour remettre en cause les acquis sociaux nous inquiète et nous semble grave, surtout quand on compare tous ces chiffres ».

Les syndicats ont également dénoncé les transformations du système de sécurité sociale ces dernières années, notamment en matière de reste à charge pour les frais de santé. « Il faut revenir à une sécurité sociale à 100 %, car on se retrouve avec une précarité de plus en plus importante et une frange de la population qui n’a plus accès aux soins. Le gouvernement nous impose des choix avec le déremboursement de médicaments ou de consultations. Il y a de plus en plus de soins à la charge des patients. Cela conduit à transférer les dépenses de la sécu vers les mutuelles complémentaires. Tout cela a mené à une hausse de 20 % des cotisations de mutuelle en quelques années (…) C’est une destruction du système de santé qui s’aggrave de jour en jour. Aujourd’hui, les retraités paient le plus cher les cotisations, et ce sont aussi eux qui paient le plus cher les mutuelles ».

Des frais qui s’accumulent alors que, selon l’INSEE, le retard de revalorisation des pensions atteindrait plus de 15 %, ce qui représenterait, d’après les syndicats, « la perte d’un mois de pension sur une année complète ». Une assemblée générale intersyndicale est prévue le 6 mai prochain pour informer les adhérents des évolutions à venir et des difficultés croissantes qui touchent les retraités.

« Une dégradation totale est en train de s’opérer en Corse »
En fin de conférence, le porte-parole de l’intersyndicale a évoqué les conséquences locales de cette situation. « Une dégradation totale est en train de s’opérer en Corse. Cinquante pour cent des retraités vivent en dessous du seuil de pauvreté, selon l’INSEE. On constate un non-accès aux soins, avec des personnes qui ne peuvent plus se soigner correctement (…) La situation est encore plus défavorable qu’au niveau national puisque la Corse comptera un tiers de sa population à la retraite dès 2030, alors que ce basculement est prévu pour 2050 sur le continent. On va vers une population vieillissante et il va donc falloir travailler sur la santé et la dépendance. C’est très préoccupant, car aujourd’hui rien n’est fait, rien n’est mis en place. On manque de médecins, de radiologues, de kinés. Des efforts sont réalisés par l’ARS de Corse, mais il y a encore beaucoup de manquements. Nous avons constaté que certains médecins, pourtant reconnus, viennent faire leur marché à Bastia, en recrutant des patients ici pour ensuite les opérer ou les suivre sur le continent. Ce coût de la santé va conduire à de plus en plus d’exclusions ».

Selon une étude de l’INSEE, les prix de l’alimentation en Corse sont en moyenne 14 % plus élevés que sur le continent, tandis que les pensions de retraite y sont inférieures de 12 %. « Nous n’avons aucune compensation à ce niveau-là, ni aucune réduction concernant les transports maritimes, aériens ou ferroviaires. Il faut que cela change. C’est pourquoi nous allons poursuivre nos revendications auprès de nos élus pour demander une indemnité compensatoire de 200 euros par mois, ainsi que des tarifs spécifiques pour les transports », a conclu Alexandre Gonzalez.

En 2024, la Corse compterait plus de 70 000 retraités.